Comme une pluie de parfum

2015
Arte
En contemplant Kaboul à leurs pieds, deux jeunes Afghans parlent de leur rêve. Partir en Europe, plus particulièrement à Paris, où la vie est tellement extraordinaire que tous les matins, des hélicoptères vaporisent du parfum au-dessus des rues…

Un beau jour de 2013, les réalisateurs ont décidé de suivre ces deux rêveurs, à qui se sont vite joints  trois autres compagnons de route. En compagnie de Jawid, Rohani, Fawad, Khyber et Luqman, ils  sont eux aussi devenus des « voyageurs », des Mosaferin.

Ces voyageurs, que l’Europe vient de découvrir, sont vieux comme la misère ou la violence du monde.  Olivier Jobard et Claire Billet observent depuis longtemps ce phénomène qui pousse les afghans qu’ils connaissent si bien à choisir l’exil.  Ils ont donc pris la route avec eux, pour raconter ce périple plus que géographique. Douze milles kilomètres d’une virée où les six frontières traversées sont aussi culturelles. Ces jeunes hommes ont découvert des modes de vie à l’opposé des leurs, de nouvelles langues. C’est la première fois qu’ils ont vu la mer, les mini-jupes des filles, des bars, des gratte-ciel… La première fois qu’ils ont vécu ce qu’ils n’avaient vu qu’à la télévision. Quelle excitation !

Cette aventure s'est poursuivie pendant près deux ans, au rythme du métronome fou de la migration. Aux marches effrénées ont succédé d’insupportables haltes. L’attente, qui dure des semaines, dans une planque empuantie, sans savoir quand le signal du départ sera donné. L’arrêt, qui casse le moral, qui détruit un homme. Le migrant perd sa mobilité, le pilier de cette identité transitoire qui rend la route clandestine tolérable. Comme si un coureur de sprint aux JO était forcé de faire une pause alors qu’il devine le triomphe de la ligne d’arrivée.

Ce rythme imprévisible a dilaté le temps, qui a oscillé entre urgence et ennui, entre succès et échecs : des cinq du départ, deux seulement sont arrivés en Europe, où il n’y a pas de pluie de parfum. Trois autres ont été arrêtés en cours de route et renvoyés à leurs destins afghans, jusqu’en prison pour celui qui a dû redevenir taliban.

Les réalisateurs de ce film impressionnant et doux amer, ont fini par perdre le fil qui les avait unis à ces Mosaferin.  Ces voyageurs, désormais, les fuient ou ne pensent plus qu’à leur demander de l’argent : Claire Billet et Olivier Jobard n’auront été pour eux que la première représentation d’une Europe fantasmée, et finalement pas très aimable.

Un documentaire de 52' produit par Hikari pour Arte, avec le soutien du CNC. Sélection officielle Prix Albert Londres 2016. Distribution Ampersand. 

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