Brésil : les fantômes du passé

2014
Arte
La dictature militaire au Brésil a duré vingt-et un-ans, de 1964 à 1985 : officiellement, elle n’a fait "que" 434 morts et disparus, essentiellement des militants d’extrême gauche... Ce chiffre passerait presque inaperçu, comparé aux bilans d’autres dictatures d’Amérique Latine (30 000 morts en Argentine, 3 200 au Chili). Ce serait une dictature "mineure"...

Pourtant, les associations de droits de l’homme brésiliennes rappellent que plus de vingt mille personnes ont été torturées, dont Dilma Rousseff qui est aujourd’hui à la tête du Brésil. Mais ce pays restera le seul en Amérique latine qui ne jugera pas ses tortionnaires, définitivement amnistiés en 1979.

Le 10 décembre dernier, journée mondiale des droits de l’homme, cinquante ans après le coup d’état, la commission nationale de vérité, chargée en mai 2012 de faire la lumière sur l’histoire récente du Brésil, a rendu ses conclusions. Le Brésil a ainsi accompli un indéniable travail de mémoire, mais il s’est révélé partiel et décevant, pour les victimes de la dictature.
D’abord, les militaires sont restés murés dans un silence glacial, refusant toute forme de coopération. Ensuite, ses travaux n’ont pas permis de retrouver le moindre disparu. Et enfin, comme Dilma Rousseff s’y était engagée pour ne pas avoir d’ennuis avec l’armée, la commission de vérité n’a débouché sur aucune remise en cause de la loi d’amnistie qui protège les anciens tortionnaires.

Mais au fil de ses trente mois de travaux, la parole des victimes s’est déliée, la société civile jusqu’alors indifférente aux exactions du passé a commencé à se préoccuper de l’extrême violence des militaires d’aujourd’hui, toujours chargé du maintien de l’ordre et de lutter contre la délinquance - et qui se seraient bien passés de ce coup de projecteur. Et enfin, certains magistrats courageux ont réussi à déférer malgré tout quelques tortionnaires devant les tribunaux. Au Brésil, les choses changent.

C’est ce que Frédérique Zingaro et Mathilde Bonnassieux mettent en lumière, dans ce reportage qui pose l'un des principaux défis de la seconde présidence de Dilma Rousseff : la lutte contre la violence d’état.

Un reportage de 26' - Hikari Presse pour Arte Reportage

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